Bien plus que de simples bâtisses de pierre et de bois, les chalets d’alpage sont les témoins d’une culture montagnarde millénaire. Entre tradition pastorale et défis de rénovation, décryptage d’un patrimoine d’exception à préserver.
La montagne concentre tout un imaginaire architectural, entre cabane isolée au pied des cimes et chalet douillet aux larges balcons de bois ciselé, image d’Épinal d’un refuge cocooning face aux éléments. Cette vision romantique héritée du tourisme se heurte à la réalité du véritable chalet d’alpage, qui n’a pas été dessiné pour l’habitat permanent, mais façonné par l’agriculture alpine et son organisation saisonnière. On doit en effet au monde agricole la maintenance constante des paysages alpins et la transmission d’un patrimoine caractéristique remarquable et vivant aux dimensions multiples : culturelles, paysagères et architecturales.
Montagne et alpage
Pour cerner la profondeur patrimoniale de la pratique de l’alpage, il faut convoquer les sources étymologiques, qui permettent de comprendre que l’« alpe » désigne certes le sommet blanc (de Al : élevé, Alpum : blanc) mais aussi, et surtout, le nom historique du pâturage d’altitude, lieu d’une pratique, celle de « l’alpage ».
S’agissant de « montagne », on trouve aussi une double signification : l’une topographique (une « importante élévation de terrain ») et l’autre qui qualifie une unité foncière d’exploitation appartenant à une famille ou à un collectif, nous renvoyant à un usage et une organisation humains. Cette pratique de l’alpage, pan fondamental du patrimoine immatériel alpin, laisse un héritage matériel dont les chalets d’alpage sont l’élément le plus tangible.
Un patrimoine d’exception
Parce que préserver ce legs est essentiel, une politique de protection de ces édifices a été mise en place : une législation spécifique définit de manière très précise le cadre de leur réhabilitation et de leur entretien. Trois critères cumulatifs permettent ainsi de qualifier un chalet d’alpage : une situation en alpage, donc obligatoirement au-dessus des espaces de culture et des zones d’habitat permanent, une utilisation historique saisonnière (estivale), ainsi qu’une mixité d’usage (habitation et activité professionnelle agricole).
Par principe, le chalet d’alpage est donc une construction, souvent isolée en montagne, à usage agricole. Un grand nombre de ces bâtiments sont encore exploités à cette fin et la loi prévoit qu’ils puissent être adaptés et modifiés selon les besoins de l’activité, tout en veillant au respect du paysage et de l’environnement. Pour ceux qui ont perdu leur vocation agricole, la « loi montagne » a prévu un cadre d’exception aux règles courantes de l’urbanisme afin de permettre leur réhabilitation, et ainsi éviter qu’ils ne tombent en ruine. Une rénovation durant laquelle architectes et propriétaires devront scrupuleusement préserver l’esprit des lieux et l’architecture originelle du bâti.
Entretenir, protéger et réhabiliter
Pour cela, il leur sera indispensable de se conformer à un certain nombre de règles précises édictées par la préfecture et de produire un dossier qui sera étudié par plusieurs commissions. En Savoie et en Haute-Savoie, une commission préalable spécifique s’y ajoute, comprenant les services de l’État (DDT et Architecte des Bâtiments de France) ainsi que le CAUE. L’idée est de préserver les édifices dans leur configuration d’origine, sans modification visible. Les propriétaires sont donc amenés à conserver l’enveloppe originelle et donc son volume, sans aucune extension. Même chose du côté des ouvertures, il est assez rare de pouvoir en augmenter la surface : les modifications à ce niveau sont très encadrées. Indispensable, enfin, de respecter les matériaux et procédés de construction d’origine. Pour guider les propriétaires dans leur projet, les préfectures des Savoies proposent des guides permettant de bien comprendre les démarches à suivre pour envisager la restauration d’un chalet d’alpage. Cette démarche complexe est à la hauteur de l’enjeu de préservation d’un patrimoine architectural unique.



