C’est une aventure hors du commun, une expérience privilégiée. Passer la nuit seuls au monde sur le glacier du Géant est plus qu’un dépaysement, c’est une incursion dans le monde des alpinistes. Récit de quelques heures intenses à 3 500 mètres d’altitude.
L’aventure commence au centre de Chamonix, quand Franck, notre guide, distribue le matériel de bivouac à répartir dans nos sacs : lyophilisés, tentes, réchauds, matelas gonflables. Une préparation insolite pour des novices, qui permet d’imaginer un peu ce que vivent les alpinistes qui partent pour plusieurs jours en altitude. Puis l’on se dirige vers le Skyway de l’autre côté du tunnel du Mont-Blanc, pour s’approcher au plus près du glacier du Géant. Depuis la cabine qui pivote lentement, la vue panoramique se dévoile à mesure que l’excitation monte. L’arrivée sur la terrasse du refuge Torino nous ouvre les portes de la haute montagne avec le mont Blanc à portée de main. Où que l’on regarde, le panorama est à couper le souffle.
Si nous chaussons les skis de randonnée pour une belle balade aux alentours, la Compagnie des guides de Chamonix propose également une version marche glaciaire lors de la saison estivale. L’idée est de conserver un niveau technique accessible pour que cette initiation soit à la portée du plus grand nombre. « Il ne faut pas oublier que marcher à 3 500 mètres d’altitude reste exigeant. On conseille donc aux participants d’avoir une bonne condition physique », explique Franck, notre guide. En fin d’après-midi, alors que les autres alpinistes et visiteurs redescendent dans la vallée, nous cherchons un endroit assez plat pour installer notre campement.
Nous montons les tentes, face à la dent du Géant, puis nous nous affairons à faire fondre la neige. Essentiel pour préparer un thé et nous réhydrater ! Franck nous transmet son expérience acquise sur les plus hauts sommets de la planète. Lui qui a passé plus de 13 jours en autonomie totale sur les pentes du Denali sait comment ancrer les toiles pour prévenir les coups de vent nocturnes, ou anticiper des réserves de neige propre afin d’alimenter le réchaud en prévision des petits matins frisquets. Peu à peu, la température fraîchit et le silence est seulement troublé par les cris des chocards qui viennent nous rendre visite pour glaner les miettes des biscuits partagés autour du thé. C’est une sensation extraordinaire que d’être seuls au cœur du massif du Mont-Blanc alors que le soleil tombe doucement à l’horizon. Les réchauds tournent en permanence, ne serait-ce que pour préparer les lyophilisés du dîner. Curry de poulet, marmite de bœuf ou pâtes aux oignons frits, c’est très copieux et plus savoureux que ça en a l’air. Le guide a même prévu les desserts, et s’il est un peu étrange de verser de l’eau bouillante dans un étui pour réhydrater sa mousse au chocolat, c’est magique de la déguster face au coucher de soleil sur le mont Blanc.
Quand la nuit (et la température !) tombent, on rejoint chacun sa tente, pour aller se glisser dans les gros duvets douillets prêtés par la Compagnie des guides. Objectif : entasser au fond tout ce qui craint le froid et l’humidité : les chaussons des chaussures de ski, le surpantalon (on dormira en first layer et polaire).
Au réveil, le givre couvre la toile mais, grâce au duvet douillet, nous n’avons pas eu froid. Tout le monde n’est pas égal face à l’altitude, certains membres du groupe ont eu un peu mal à la tête : l’acclimatation prend du temps, il ne faut pas oublier que nous dormons à 3 500 mètres ! Autour d’un thé, nous échangeons nos ressentis et surtout nous profitons pleinement des derniers instants seuls au monde sur le glacier. Le temps de plier les tentes, ranger le matériel et prendre le chemin de retour vers la cabine que déjà arrivent les premiers alpinistes. Retrouver dans la vallée la chaleur et la civilisation après cette parenthèse de solitude et de beauté, loin de l’agitation, procure une sensation étrange. Une expérience dont nous nous souviendrons longtemps…



