À la découverte du barrage d’Émosson

À quelques pas de Vallorcine, dans la vallée du Trient, le barrage d’Émosson est un lieu incontournable de visite depuis Chamonix. Deuxième plus grande retenue d’eau artificielle de Suisse, il peut stocker près de 225 millions de mètres cubes d’eau, soit l’équivalent de 90 000 piscines olympiques. En plus d’être un site énergétique majeur pour la France et la Suisse, Émosson regorge d’activités et constitue le point de départ de nombreuses randonnées. Immersion dans ce lieu original à quelques pas de la frontière.

Lorsque l’on arrive sur le site, c’est un lac d’une eau bleu turquoise qui nous accueille. En contrebas, Vallorcine se dessine, entourée des Aiguilles Rouges, du massif du Mont-Blanc. À droite se dressent les Perrons. À Émosson, trois barrages cohabitent, chacun avec une histoire particulière. Le premier, Barberine, a fêté ses 100 ans l’année dernière, en 2025.

L’ouvrage, qui n’est aujourd’hui plus en fonction, a une particularité. Visible seulement en début de saison, il est ensuite totalement submergé et ne fait qu’un avec le célèbre barrage que l’on connaît aujourd’hui. C’est après la première guerre mondiale qu’il a été construit par les CFF (Chemins de fer fédéraux), la plus grande entreprise de transports publics en Suisse, dans le but de rendre le pays plus indépendant en termes d’énergie. Face à la hausse de la demande en électricité et au succès de ce premier barrage, un second est initié et terminé en 1955 : celui du Vieux-Émosson. Avec une hauteur de 65 mètres et une largeur de 175 mètres, il peut retenir 25 millions de mètres cubes d’eau.

C’est en 1975, à la suite de ces deux constructions, que le barrage principal voit le jour et devient la deuxième plus grande retenue d’eau artificielle de Suisse, avec une voûte haute de 180 mètres et longue de plus de 550 mètres. Ce dernier œuvre avec celui du Vieux-Émosson pour produire de l’énergie. Au milieu de la route que les visiteurs empruntent à pied et qui longe le bassin, des drapeaux sont dressés et révèlent l’ancienne frontière, puisque l’installation de cette masse d’eau a nécessité le déplacement de la frontière et un échange de territoires. La société Électricité d’Émosson SA, à l’origine du projet, a voulu qu’il soit situé entièrement sur un seul pays, et en 1963, cette partie auparavant française est devenue suisse.

Des chantiers hors normes

Pour la construction de ces digues impressionnantes, tous les matériaux utilisés ont été acheminés à l’aide du funiculaire, toujours en activité. Les ouvriers présents sur place ont travaillé jour et nuit, été comme hiver. Ils ont bâti un petit village afin de ne pas quitter les lieux des travaux et pouvoir vivre sur place, et les ruines de ces habitations sont encore visibles aujourd’hui, à flanc de montagne. Initialement, le barrage d’Émosson est né sur un plateau abritant une chapelle, qui a été engloutie. Comme un geste symbolique, l’une des plaques a été récupérée et installée sur la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, sur les hauteurs du site. Elle a été construite en 1976, après la naissance de la deuxième plus grande retenue d’eau artificielle de Suisse.

Émosson est un lieu porteur d’histoire, mais est aussi une plaque tournante en énergie, autant pour la Confédération helvétique que pour la France. Le système hydroélectrique comprend des bassins de stockage dans les deux pays et deux centrales principales, une qui se situe à Vallorcine et l’autre, celle de La Batiaz, à Martigny. La retenue d’eau est alimentée par les eaux glaciaires du Val Ferret et aussi, artificiellement, par celles du massif du Mont-Blanc et des Aiguilles Rouges. Avec un concept de conduite forcée, la chute principale d’eau qui arrive à La Batiaz s’écoule à travers des tuyaux souterrains qui comprennent un dénivelé négatif de plus de 1 400 mètres. L’énergie produite par le site est utilisée à 50 % sur la France et à 50 % sur la Suisse.