Grimpeuse, guide, alpiniste, Liv Sansoz a fait de la montagne son terrain d’expression privilégié. Pour elle, l’ascension n’est jamais une fin, mais un cheminement : ce qu’elle va chercher là-haut dépasse la performance. Avec patience et abnégation, Liv trace sa propre voie, des 82 sommets des Alpes de plus de 4 000 mètres jusqu’au K2, sans jamais cesser de puiser son inspiration dans le massif du Mont-Blanc.
Née en Savoie, à Bourg-Saint-Maurice, Liv signe ses premières ascensions marquantes dès l’âge de 11 ans. Grimpeuse prodige, elle s’illustre d’abord en escalade, raflant deux titres de championne du monde et devenant l’une des premières femmes à atteindre le 8c+. Si la performance pure a façonné ses jeunes années, Liv a ensuite redécouvert la montagne sous le prisme de l’alpinisme. Installée à Chamonix depuis 15 ans, elle a enchaîné les 82 « 4 000 » des Alpes sans remontées mécaniques, obtenu son diplôme de guide, mené des expéditions au Népal puis plus récemment au K2, aux côtés de son mari Bertrand « Zeb » Roche. Si les nouveaux défis stimulent sa motivation, Liv cultive une approche de la montagne plus profonde, presque philosophique.
Liv, quels sont tes nouveaux projets ?
À l’origine, Zeb et moi avions prévu de repartir cette année en expédition aux Gasherbrum I et II. Mais vu la situation politique actuelle entre le Pakistan et l’Afghanistan, nous avons pris la décision de repousser d’une année ce projet, nous verrons si la situation s’apaise en 2027. Nous allons donc nous rabattre sur notre plan B… B comme Bonatti ! Les écrits de Walter Bonatti m’ont toujours passionnée, alors c’est l’occasion de redécouvrir les itinéraires qu’il a ouverts dans le massif du Mont-Blanc, en mêlant le ski et l’escalade… J’aime l’idée de mettre en valeur cet héritage. Et puis on n’a pas besoin de partir à l’autre bout du monde chaque année pour vivre de belles aventures.
Quels sont les sommets ou les lieux qui t’inspirent le plus en vallée de Chamonix ?
J’affectionne particulièrement le côté sud du mont Blanc, plus sauvage, avec des voies majeures qui débouchent au sommet, comme l’intégrale de Peuterey. Pour ce qui est de l’escalade en rocher, j’aime beaucoup le bassin d’Argentière avec des voies variées, en granit compact, d’une couleur magnifique. Côté suisse du massif, il y a aussi de très belles choses, les clochers du Portalet, les aiguilles Dorées… le potentiel de Chamonix est inépuisable !
Ski, parapente, escalade… l’ascension idéale mêle tous tes sports de prédilection ?
J’aime l’idée de penser une ascension en envisageant les moyens les plus appropriés : le VTT électrique est une super manière de raccourcir les marches d’approche, le parapente d’éviter la phase de descente en regagnant la vallée en quelques minutes. Mais toutes ces disciplines m’apprennent aussi des choses différentes sur moi, sur la montagne… C’est un enrichissement et cela donne une autre dimension à un projet puisque l’on doit penser l’enchaînement, vérifier que les conditions sont optimales pour chaque élément…
Comment la montagne continue-t-elle à nourrir ton esprit, année après année ?
La montagne a cette capacité à te ramener à l’essentiel. En haut, tu ne peux pas penser à autre chose, tu dois être totalement focalisé sur ce que tu es en train de vivre. Cela m’apprend à être 100 % dans l’instant présent, sans être polluée par le reste. J’essaie ensuite de retranscrire ça dans ma vie en bas, à parvenir à me recentrer durant les périodes de rush, sans me laisser envahir par le stress. Chaque ascension me rappelle combien la préparation, le chemin, l’expérience engrangée sont aussi importants que le sommet. Il ne faut pas voir que l’objectif, mais tout ce que l’on a mis en place pour y parvenir.
La montagne enseigne la patience…
La montagne va à l’encontre de l’immédiateté. On ne peut pas réussir tout de suite, il faut prendre le temps de tirer les leçons de nos erreurs, de nos échecs, d’apprendre de la nature mais aussi de nos pairs. Passer du temps avec des gens plus expérimentés que nous, être patient et humble face aux éléments est essentiel. C’est d’autant plus difficile désormais que les réseaux sociaux valorisent seulement l’exploit, donnant l’illusion que cela peut se faire facilement. Mais là-haut, le niveau technique et l’engagement ne sont rien sans l’expérience que seuls les années et le temps passé en montagne peuvent garantir. J’aimerais qu’il y ait une prise de conscience pour libérer les jeunes générations de cette pression, de cette fuite vers le haut, pour qu’ils s’autorisent à construire petit à petit, sans griller les étapes. Pour en profiter longtemps.



